Thursday 31st of May 2012

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les belles colonies de vacances ! Polémique PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Nicole Bandelier   
Lundi, 08 Août 2011 13:08

Je suis abasourdie par la polémique qui s'étend actuellement à propos du droit du travail des animateurs de colo ! Reflet de notre société actuelle où plus rien n'a de sens, où l'amalgame est roi où l'on a perdu la capacité au discernement.

La Commission européenne, dans ce domaine comme dans d'autres, doit savoir faire la distinction entre le secteur marchand (ici les voyagistes s'adressant aux jeunes) et le secteur non marchand, relevant dans ce domaine, de l'éducation populaire (si c'est encore le cas !). Nous avons, également nous-mêmes à faire la différence.

Les animateurs doivent, eux aussi, choisir l'un ou l'autre. S'ils travaillent au sein d'organismes privés lucratifs, oui, le droit du travail doit leur être appliqué ; s'ils acceptent l'embauche par une association en tant qu'animateur temporaire avec le souci d'accompagner des jeunes durant un séjour de vacances, ils savent qu'ils sont dans une situation particulière.

Ne nous leurrons pas ! Les animateurs de colo sont, pour la plupart, des jeunes, étudiants, qui viennent tout juste d'obtenir le BAFA et qui cherchent quelques sous pour leur argent de poche.

Je me souviens de ce temps-là ! Contente de donner de mon temps et de ma générosité pour des jeunes, je n'avais guère d'expérience. La colo était un temps où je donnais beaucoup et notamment ce que je venais d'apprendre par la formation, mais le véritable apprentissage, c'est-à-dire le contact direct avec les enfants et cette fonction d'animation, se faisait durant la colo elle-même. C'était un temps fort de partage, d'expérimentation, de formation humaine autant que technique. Je donnais autant que je recevais des enfants eux-mêmes, de mes collègues animateurs et aussi de la direction. N'oublions pas non plus, que, durant la colo, les animateurs n'ont aucune dépense ; ils sont logés nourris gratuitement et, de ce point de vue, ressemble plus au niveau du statut (désolée, je vais en choquer plusieurs !) à un "employé de maison-précepteur". Fatiguant oui, même parfois épuisant, mais riche également. Une fois j'étais dans une colo qui a duré cinq semaines, la dernière semaine était de trop, vraiment épuisante. Il est certainement très difficile, et là peut-être dangereux, d'enchaîner colo sur colo tout l'été pour le même animateur.

Salaire, oui, mais prendre en compte ces apports non négligeables de temps de formation, de partage, et sans aucune dépense.

N'oublions pas non plus, que la réussite d'une colo tient avant tout par la qualité de son directeur (trice) beaucoup plus que part celle des monos, qualité humaine, de gestion et d'organisation, d'encadrement et de formation des salariés.

 

Mais l'essentiel n'est pas là ! Et cette négation de la signification même de ce que sont les colonies de vacances, me désole ! Revenons aux origines : les centres d'accueil dans le Massif Central des enfants juifs pour les protéger du nazisme. C'est ainsi que sont nés les premiers éducateurs et cette fonction d'animation-éducation.

Plus tard les colonies de vacances ont été créées pour permettre à des jeunes et des enfants, de milieu modeste, de partir de chez eux et de profiter d'un temps de vacances et de découvertes ; découverte de la vie en groupe, découverte d'activités ludiques et sportives, découverte de nouvelles contrées. À cette époque, c'était à la fois un service rendu aux jeunes issus du monde ouvrier et une sorte d'engagement porté par un idéal d'égalité et de partage !

 

Certes, les temps ont changé. Les enfants et les jeunes, et surtout leurs parents, réclament des activités de plus en plus spécialisées qui nécessitent des compétences techniques. Rien n'empêche de faire appel, le temps de cette activité (en général quelques heures par jours) à des moniteurs sportifs compétents et rémunérés en conséquence pour la durée de l'activité elle-même ; la vie de groupe étant assurée par les monos BAFA !

Et, dans cette période où est faite une pub énorme pour l'écologie, pourquoi ne pas apprendre aux jeunes les plaisirs simples de la vie collective au milieu de la nature et découvrir les joies de la créativité avec des matériaux oubliés ? Autrement dit, retrouver les bases de l'éducation populaire : découvrir et apprendre ensemble utilisant les dons de chacun et de ce que nous offre le lieu !

 

Les colos depuis longtemps, sont très coûteuses au regard du budget des ouvriers et sont surtout fréquentées par des jeunes de classe moyenne. Comment des syndicalistes peuvent-ils oublier le rôle premier des colonies de vacances ? Quand sortiront-ils de cette volonté d'égalitarisme à tout crin et pour tout et dénaturer ainsi les valeurs qui ont fondé leur propre mouvement ?

Nous devrions, au contraire, et c'est urgent dans ce monde qui ne sait plus où sont ses bases, nous réapproprier le sens et la valeur des choses. Ainsi que la beauté et la gratuité (relative) du geste !

Ne pourrait-on pas l'apparenter à un service civique, plus proche des valeurs initiales ?

 

Mise à jour le Lundi, 08 Août 2011 14:38
 

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