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Règle de trois pour le Ministre Claude Guéant. PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Christiane Dubau   
Mardi, 07 Juin 2011 17:43

François Bayrou après avoir reçu un courrier du Ministre Claude Guéant assurant que ces chiffres étaient "exacts", maintient ses déclarations en l’accusant d'avoir avancé "des chiffres grossièrement faux" sur l'échec scolaire des enfants d'immigrés.

Voici la réponse de François Bayrou à Claude Guéant !


Monsieur le Ministre,

 

En réponse à l’une de mes déclarations, vous m’avez écrit pour affirmer que les chiffres que vous avanciez sur l’échec scolaire des enfants d’immigrés étaient « rigoureusement exacts ».

Après vérification, je vous confirme qu’ils sont rigoureusement, et grossièrement faux.

Rien n’est plus facile que d’en apporter la preuve.

Vous avez fait sur ce sujet deux déclarations publiques que je cite dans les termes mêmes qui furent les vôtres :

- la première sur Europe 1, le dimanche 22 mai : « deux tiers de l’échec scolaire, c’est l’échec d’enfants d’immigrés… »

- la deuxième à l’Assemblée nationale, le mercredi 25 mai : « c’est vrai qu’il y a deux tiers des enfants d’immigrés qui se trouvent sortir de l’appareil scolaire sans diplôme. »

Obsédé par vos « deux tiers », vous paraissez d’abord ne pas vous rendre compte que vos deux affirmations ne sont pas cohérentes : d’un côté vous affirmez que les enfants d’immigrés représentent deux tiers de l’échec ; de l’autre que l’échec touche deux tiers des enfants d’immigrés.

C’est comme si vous prétendiez que c’est la même chose d’affirmer que les deux tiers des habitants de New York sont Américains, et que les deux tiers des Américains habitent New York…

Il se trouve de plus que les deux chiffres avancés sont aussi grossièrement erronés l’un que l’autre.

La part des enfants d’immigrés dans l’échec scolaire n’est nullement des deux tiers, elle se situe autour de 20 % (c’est déjà beaucoup, et vraiment trop).

Le calcul est simple : il y a quelque 12 % d’enfants de familles immigrées à l’école (parents nés à l’étranger de nationalité étrangère). Le rapport de l’Insee sur lequel vous vous appuyez indique que le taux d’échec attribué aux enfants d’immigrés s’établit à 10,7 % contre 6,1 % pour les autres.

Si vous faites la règle de trois : 10,7 % d’échecs parmi 12 % des élèves, 6,1 % pour les autres, vous trouverez que les enfants d’immigrés représentent 19,3 % des élèves en échec, contre 80,8 % pour les enfants de familles de nationalité française1.

La règle de trois, un des exercices élémentaires exigés au certificat d’étude, ne devrait pas être hors de portée des services du ministère et du ministre lui-même…

Mais si l’on approfondit l’analyse, on découvre une réalité bien plus éloignée encore de vos affirmations.

Car une telle étude, pour être rigoureuse, doit comparer les élèves, enfants de parents immigrés et de parents d’origine nationale, de niveau social et économique équivalent.

Or si l’on étudie les élèves issus de familles immigrées et non immigrées de même niveau social et économique, on découvre qu’il n’y a pas de différence dans les taux d’échec, et même que les enfants immigrés réussissent légèrement mieux que les enfants de famille de nationalité française.2 Les sociologues qui ont conduit ces études donnent comme explication à cet échec moindre chez les élèves immigrés le fait que les attentes des familles immigrées en matière de progression sociale et de formation pour leurs enfants sont plus importantes que chez d’autres familles. Ce résultat loin d’être négatif est donc au contraire très encourageant.

Vos chiffres sont donc grossièrement faux, et résultent de telles erreurs de statistiques qu’ils ne peuvent provenir que d’une volonté consciente ou inconsciente de noircir le tableau de l’immigration afin d’en faire un sujet d’exaspération supplémentaire pour la société française.

Vous écrivez que ce n’est pas en niant les problèmes que l’on peut les résoudre. C’est vrai, à condition d’ajouter ceci : ce n’est pas en déformant la réalité que l’on peut espérer la corriger.

Je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, en l’assurance de mes sentiments distingués.

 

François Bayrou

 

1 Cet ordre de grandeur est confirmé par une étude du Cereq, mentionnée par Libération, qui aboutit à la conclusion que 78 % des élèves en échec (sur une cohorte de plus de 35 000 élèves sortis sans qualification) avaient deux parents Français de naissance.

2 Les critères retenus sont les critères traditionnels de la réussite scolaire (taux d’obtention du brevet, passage en seconde générale et technologique, accession au baccalauréat). Cela est vrai aussi pour les parcours de l’enseignement supérieur : l’IUFM de Créteil a montré que 13 % des professeurs reçus au concours de recrutement dans l’Académie sont des élèves issus de l’immigration.

 

 



 

 

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